Peut-être cet intrépide avait-il fini par se croire invulnérable

samedi 17 novembre 2012
par  claude thollon-pommerol

Mort d’un Aviateur Fran√ßais

L’h√©ro√Įsme est si r√©pandu et para√ģt si naturel sur notre front ; il est devenu, aux yeux de ceux qui le pratiquent chaque jour, chose si courante, qu’un √©loge sp√©cialement d√©cern√© semble impliquer une s√©lection arbitraire parmi les innombrables Fran√ßais qui, avec une √©gale s√©r√©nit√©, sont morts pour la patrie.

L’injustice serait cependant de ne pas rendre un hommage particulier √ l’aviateur P√©goud qui, apr√®s tant de prouesses, est tomb√© dans nos lignes, frapp√© dans un combat a√©rien par une balle ennemie.

Non seulement P√©goud comptait parmi les plus populaires de nos champions de l’air, mais l’audace et l’utilit√© de ses exp√©riences, les plus ¬« folles ¬ », semble-t-il, que l’on ait tent√©es jusqu’ici, lui assurent pour jamais une place tout √ fait √ part dans l’histoire de l’aviation.

C’est seulement au d√©but de l’ann√©e 1913 que P√©goud commen√ßa son apprentissage de pilote. Au mois d’ao√ »t, il se r√©v√®le au grand public par un acte qui donne la mesure de son courage : √ 200 m√®tres de hauteur, il saute de son avion pour essayer un parachute. Il touche terre sans accident, et, quelques jours plus tard, il stup√©fie le monde par un exploit encore plus inattendu : il vole la t√™te en bas, et boucle la boucle.

Du jour au lendemain, l’aviateur conquiert une c√©l√©brit√© mondiale ; de tous les pays du monde on l’appelle ; on l’acclame √ Berlin, √ Francfort, en Roumanie. L’un apr√®s l’autre tous les aviateurs veulent l’imiter, et P√©goud leur prodigue ses conseils.

En bouclant la boucle, il n’a pas seulement fait œuvre de virtuose ; il a montr√© qu’√ un moment o√Ļ autrefois l’aviateur se croyait perdu, il peut encore se redresser s’il est assez haut et s’il sait manœuvrer.

P√©goud avait fait comme engag√© volontaire la campagne du Maroc. A la d√©claration de guerre, il est enr√īl√© dans la phalange des aviateurs, o√Ļ il se montre de suite un brave parmi les braves. Deux fois cit√© √ l’ordre du jour de l’arm√©e, nomm√© adjudant, puis sous-lieutenant, il re√ßoit la m√©daille militaire, et la remise de cette d√©coration, sur le front, est l’occasion d’une manifestation chaleureuse de ses camarades. Toujours sur la br√®che, P√©goud effectua de nombreux bombardements, et, il y a quelques semaines, il abattait son sixi√®me aviatik. Peut-√™tre cet intr√©pide avait-il fini par se croire invuln√©rable. Enfant du paradoxe, de m√™me qu’il songea le premier √ voler la t√™te en bas, il avait imagin√© d’attaquer les avions ennemis, non en les survolant, comme il est de r√®gle, mais en √©voluant au- dessous d’eux ; cette tactique lui avait toujours r√©ussi.

Notre h√©ros √©tait devenu la terreur des ¬« camarades ¬ » qui nagu√®re l’acclam√®rent √ Berlin. Ils cherch√®rent un moyen de d√©fense et, sans doute, des aviatiks furent arm√©s de fa√ßon √ pouvoir tirer sous l’angle voulu pour atteindre leur dangereux adversaire. Il y a quelques jours, P√©goud engageait uns nouvelle lutte avec un avion allemand ; une balle ayant travers√© son r√©servoir d’essence, il avait eu grande peine √ atterrir dans nos lignes.

Mardi dernier, dans son dernier duel a√©rien, une balle l’atteignit √ la t√™te.

Les circonstances de cette mort tendraient √ indiquer qu’il est peut-√™tre imprudent de maintenir longtemps dans un m√™me secteur tel aviateur d’√©lite, dont la tactique sp√©ciale et les exploits doivent fatalement provoquer une riposte que ses adversaires habituels ont ainsi tout loisir d’√©tudier. JPEG - 124.1 ko

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