Décembre 1914

samedi 17 novembre 2012
par  claude thollon-pommerol

Décembre 1914

Télégramme Directeur Service Aéronautique G.Q.G.  Ministre Guerre (12ème direction) BORDEAUX N° 6946. 31/10

"Avions allemands venant constamment survoler VERDUN et jeter bombes, le commandant de l’armée demande immédiatement appareil spécial de chasse. PEGOUD pourrait utiliser avion MORANE biplace 80 chevaux RHONE non parasol actuellement en service chez constructeur. Pour donner satisfaction  armée VERDUN et  défaut autre appareil existant actuellement vous demande acheter un de ces appareils. PEGOUD pourrait réceptionner cet appareil  VILLACOUBLAY et le conduire  VERDUN qui dispose de l’armement nécessaire."

Signé BARES

22 décembre 1914 L’Escadrille MF 7 effectue dans les Hauts de Meuse 8 réglages de tir pour l’artillerie . Plusieurs dépôts de munition ennemis sautent dans le bois de Varmont.

Une reconnaissance détermine 4 emplacements nouveaux de batteries et de tranchées.

Pégoud en Blériot lance 2 obus sur Vauquois, tire sur un avion allemand qui atterrit aussitôt dans ses lignes et donne la chasse sur Morane  2 avions allemands qui s’enfuient.

Pégoud dispose donc de 2 avions : un Blériot XI-2 et le Morane qui lui a été attribué pour chasser les allemands du ciel de Verdun. Ni l’un ni l’autre de ces avions n’ont leur pareil dans les escadrilles de Verdun.

25 décembre « Mais jusqu’ici les fameuses bombes (allemandes) n’ont tué personne. Je ne parle point des fléchettes et des petits papiers semés  profusion par les aviateurs boches ; je note simplement que le jour de No« l nous assistâmes  une course fort jolie : un avion allemand venait de jeter deux bombes sur Verdun, et les canons de nos forts essayaient d’atteindre ce provocateur, quand un grand silence se fit.

Pégoud, sur son monoplan, venait de s’élever et tirait sur le Boche avec sa mitrailleuse ; alors ce fut une course éperdue, jusqu’ ce que l’avion allemand dispar »t derrière Montfaucon, salué par une dernière salve du fort de Bois-Bourru.

Depuis, nous n’avons plus vu d’avion boche.  »

(Article - Le Temps Jeudi 7 janvier 1915 )

Le 27 décembre, après une amicale fête de No« l, célébrée aussi gaiement que possible, Pégoud note dans ses carnets cette randonnée, dans tous ses détails familiers :

« Temps nuageux.

Matin, observation Verdun : aucun avion boche.

A 13 h. 30, pars avec huit obus vers Nantillois.

A 1 400 mètres, sur Bras, rentre dans nuages. Brouillard, pluie continue sur Nantillois.

Taxi toutes positions ; vois rien. Essuie lunettes continuellement. Boussole coincée.

Après une heure et demie d’ennuis de toutes sortes, pique pour me reconnaître.

Aperçois  600 mètres, sous brouillard, beau drachen. Lance mes huit obus, panique générale dans rassemblement. Reçois nombreux coups de canon. Remonte dans brouillard, me reperds, repique pour voir, vole  1000 mètres, remonte brouillard, repique  800 mètres.

Equilibre appareil et boussole et prends direction sud-ouest. Reste une heure d’essence.

Grinche comme un voleur.

Sais pas où je suis et reçois coups de canon. Suis  800 mètres ; remonte, brouillard.

Repique ; aperçois gare, assez grande. Reçois coups de canon, remonte brouillard ; repique après vingt minutes, me retrouve sur gare.

Rugis comme un fauve.

Essence : 15 litres. Reçois coups de canon, prends résolution de voler sous le brouillard  800 mètres, prends direction sud-ouest jusqu’ épuisement essence, malgré coups de canon.

Aperçois au loin petit village. Approche. Reconnais Etain. Respire  pleins poumons.

Sauvé ! Mille tonnerres !

Pique plein moteur. Plein vent dans le nez ; avance pas ; essuie toujours et toujours lunettes. Casse un verre avec son encadrement.

Survole Etain  400 mètres ; pique toujours plein moteur.

Arrive  Verdun plein brouillard ;  50 mètres, reçois grêle et pluie. Ne vois rien. Œil me fait très mal. Atterrissage superbe malgré tout, comme impression.

Respire nez au vent, pleins poumons. Mais mille polochons, ouvrirai l’œil plus que jamais.

Rapport fait de suite. Capitaine étonné avec officiers.  »

« Et voil comment, moitié gouailleur, moitié sérieux, Pégoud retrace, en son langage pittoresque, ce qu’il vient d’accomplir. Cet incident s’est passé sur Verdun, où l’aviateur a déj donné d’autres preuves de son expérience, mais où il ne doit pas demeurer longtemps encore », nous dit Bonnefon .

Mission qui sera relevée dans le JMO de la 3ème armée en ces termes :

"Escadrille 25 : un avion lance 12 obus sur un objectif spécialement désigné.

Le sergent Pégoud profite des nuages pour descendre  600m et lance 8 obus sur un drachen ballon."

JPEG - 224.9 ko Quoiqu’il n’y soit pas encore administrativement détaché Pégoud travaille avec l’escadrille MF 25 qu’il rejoindra un mois plus tard

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