Une journée bien remplie

samedi 17 novembre 2012
par  claude thollon-pommerol

En Champagne le 18 janvier PĂ©goud force un biplan Ă rentrer dan ses lignes.

21 janvier 1915.

Mutation Ă l’escadrille MF 25 Ă©quipĂ©e d’avions Maurice Farman. Le chef d’escadrille est le capitaine Charles Rossner.

L’escadrille quitte Verdun pour Saint Menehould. Toujours dotĂ© de son avion spĂ©cial, PĂ©goud salue Verdun de quelques acrobaties dont il a le secret.

« Une JournĂ©e Bien Remplie

En janvier, son escadrille est dĂ©signĂ©e pour opĂ©rer Ă Sainte-Menehould et il s’y rend bien vite, non sans avoir saluĂ© Verdun, au dĂ©part, de quelque vol Ă renversement, comme il saluera, Ă l’arrivĂ©e ; sa nouvelle rĂ©sidence. Les dĂ©tails abondent, dans ses notes, sur cette installation car ce vigilant sait voir et retenir les menus incidents de son existence et en tire aussitĂ´t l’enseignement qu’ils comportent. Ce n’est pas le lieu de s’y arrĂŞter. Recueillons plutĂ´t, sous la plume de PĂ©goud, le rĂ©cit d’une prouesse, accomplie le 5 fĂ©vrier, et qui valut Ă son auteur les compliments les plus justement mĂ©ritĂ©s.

« Temps très clair. A 9 h. 35, pars sur Morane, avec Lerendu, et deux heures vol, pour reconnaissance avions boches et protĂ©ger nos avions.

A 2000 mètres, survolant rĂ©gion Grand-PrĂ©, arrive un Taube direction sur moi. Le charge Ă environ 50 mètres en dessous, avec mitrailleuse. Il fait demi-tour ; le poursuis Ă environ 100 mètres de distance, continuant Ă le mitrailler. Après une minute de poursuite, Taube, très nettement atteint, fait une longue glissade sur l’aile gauche et tombe en chute, l’avant de l’appareil entourĂ© de fumĂ©e, et de feu, et des lambeaux de toile dĂ©chiquetĂ©s aux ailes, disparaĂ®t dans le vide, vers sud Grand-PrĂ©.

Aperçois presque aussitĂ´t deux Aviatiks, l’un survolant la rĂ©gion sud-est de Grand-PrĂ©, l’autre survolant la rĂ©gion nord-est Mont-faucon. Attaque avec mitrailleuse le plus rapprochĂ©, celui vers Grand-PrĂ©. Aux premiers coups de feu, Aviatick pique plein moteur ; charge sur lui verticalement avec moteur et mitrailleuse. Vu très nettement Aviatik touchĂ© par mitrailleuse.

Après l’avoir vu piquer complètement dans le vide, redresse mon appareil Ă 1500 mètres, reprends de la hauteur en me mettant Ă la poursuite du deuxième Aviatik, survolant en ce moment Montfaucon.

L’aborde Ă environ 40 mètres en dessous, avec mitrailleuse.

Aviatik soutient le combat pendant environ cinquante secondes, ripostant par fusil automatique. Se sentant touchĂ©, l’Aviatik pique dans un virage. Le charge en vol planĂ©, verticalement, faisant tirer continuellement mon mitrailleur.

Ai vu très distinctement Aviatik touchĂ© par mitrailleur aux ailes et Ă la queue. Après l’avoir vu disparaĂ®tre dans le vidĂ©, Ă 1400 mètres, redresse mon appareil ; suis encadrĂ© par obus ennemis petit et gros calibre.

Atterris Sainte-Menehould Ă 1 h. 45.

En atterrissant, rentrant avion hangar, et pas prĂ©venu, ne vois pas Morane derrière moi, l’accroche avec aile gauche : deux ailes dĂ©molies, la sienne et la mienne.

Escadrille M. F. 37 vient d’atterrir et en fais partie, Ă la date du 6 fĂ©vrier 1915.

Fais monter mon Morane de réserve pour remplacer le premier.

Reçois fĂ©licitations de tout le centre, du commandant et son Ă©tat-major. Le gĂ©nĂ©ral Julien, commandant le gĂ©nie, vient me voir et me fĂ©licite, m’invite Ă dĂ®ner pour ce soir.

Ensuite le commandant des Ă©tapes et plusieurs officiers me fĂ©licitent et m’invitent Ă dĂ®ner pour après-demain soir.

Fais mon rapport ; reçois fĂ©licitations sur toute la ligne.

Me prĂ©pare pour aller dĂ®ner avec gĂ©nĂ©ral. Arrive hĂ´tel Saint-Nicolas Ă 7 heures, oĂą il mange avec, tout son Ă©tat-major. Environ quarante couverts. PrĂ©sentation Ă tous. DĂ®ner très charmant ; pas de cĂ©rĂ©monie et d’Ă©tiquette, très intime. Reçois fĂ©licitations de tous, qui me demandent renseignements. Tout le monde se retire 8 h. 30. Chic et gentil. RentrĂ© et couchĂ©. »

C’est lĂ , en style tĂ©lĂ©graphique d’une sincĂ©ritĂ© manifeste, l’emploi d’une journĂ©e bien remplie par quelqu’un qui a fait tout son devoir, s’en rĂ©jouit, mais ne parade pas pour cela. Le motif de la seconde citation de PĂ©goud Ă l’ordre du jour de TannĂ©e fait allusion Ă cette prouesse de l’aviateur. PĂ©goud la consigne, pour lui-mĂŞme, dans son carnet intime, oĂą il se montre dans son abandon de triomphateur modeste( Bonnefon)

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