Pégoud, précurseur de la voltige aérienne

mardi 21 mai 2013
par  pascal bouchain

Pégoud annonce ses intentions : En remontant vers le village, Pégoud parlant de son avion, s’adresse ainsi aux journalistes : « Je l’ai vu faire, tout seul, le looping the loop. Vous voyez donc bien que c’est possible. Aussi, vais-je le tenter ! ». Le ton est donné ! Maintenant, il doit convaincre son patron Louis Blériot de lui prêter un aéroplane pour réaliser le vol renversé. Il le persuade de la bonne publicité que cela ferait pour sa marque en cas de réussite. Blériot accepte, mais  la condition que l’expérience ait lieu en toute discrétion. Le 27 ao »t, Pégoud fait renverser l’aéroplane sous un hangar  Buc pour s’habituer  la position « Tête en bas  ». Il écrit : "Essai de l’acrobe de looping (son avion)  la renverse, la tête en bas, aux points fixes, sur tréteaux. Epatant ! Merveilleux ! La tête en haut cela devenait rasoir. All right !".

JPEG - 57 ko Pégoud fait retourner son avion sous hangar  Buc

Le premier vol « Tête en bas  » près de Juvisy : Ce 1er septembre sur le terrain de Port-Aviation,  Viry-Chatillon (Essonne), vers huit heures du matin, peu de personnes, quelques intimes, assistent  la manœuvre. Pégoud confie son « crapaud  » (porte-monnaie) au mécanicien en disant "tiens mon vieux, prends. Si par hasard, je restais l -haut, le contenu serait pour toi" et l’homme de répondre : "Bah ! je suis s »r de te le rendre tout  l’heure !". Un ami journaliste recueille ses dernières impressions avant le départ. Il répond : "Qu’importe si je meurs, ce ne sera qu’un aviateur de moins ; mais si je réussis, combien d’existences précieuses seront conservées  l’aviation ?". Puis il décolle en s’écriant "A la grâce de Dieu !" et l’avion s’éloigne…

Il monte  1000 m. Coupe son moteur. Met son avion en piqué et dépasse la verticale. Il se retrouve ainsi la « tête en bas  », les roues en l’air sur 400 m et redresse alors son appareil tranquillement, formant dans le ciel, un immense « S  », puis il atterrit en vol plané. A sa descente, Pégoud est imprégné d’essence car celle-ci s’est échappée par la prise d’air du réservoir. Gasté le permanent de l’aérodrome, doit lui prêter une combinaison propre. Tous boivent le champagne pour fêter l’événement.

JPEG - 57.7 ko Le premier vole "tête en bas"  Viry-Châtillon près de Juvisy (91)

Confirmation  Buc le 2 septembre : Le lendemain, Pégoud réitère la manoeuvre  l’Aéroparc de Buc, devant des représentants de l’aviation civile et militaire et un public nombreux. Cette fois, l’avion renversé glisse sur 700 m, puis accomplit un tour complet sur lui-même, reprenant sa position normale et atterrissage en douceur. A l’arrivée, il confie  Jacques Mortane, journaliste  « L’Exelcior  » : "Tordant ! Je suis l -haut comme chez moi, mieux même ! Il me semble que je suis chez le coiffeur au moment où, après la barbe, il me vaporise du vinaigre de toilette sur la figure. C’est l’essence qui est projetée par le vent de l’hélice. A part ça, j’ai opéré avec la plus grande aisance. Vous avez pu voir que, pendant que j’évoluais les pieds au ciel, je n’ai pas oublié les règles de la bienséance : j’ai salué de la main l’assistance !". Pégoud est acclamé, ovationné, porté en triomphe… il passe de longues heures  signer des autographes.

JPEG - 52 ko Pégoud porté en triomphe par un public enthousiaste.

Naissance de l’acrobatie aérienne : Mais ce qu’il a promis, c’est de réaliser le looping-the-loop. Ainsi, le 21 septembre,  Buc, il exécute cette fois toute une série de figures de voltige aérienne inédites en public : Qui mieux que lui peut les décrire ? « J’ai commencé par des glissades sur l’aile gauche et sur l’aile droite ; puis une longue glissade sur la queue avec redressement ; retournement de l’appareil dans le plan de l’axe du fuselage et redressement sur l’aile ; glissade sur la queue, l’appareil étant vertical, moteur arrêté, avec une chute de 200 mètres, vol plané sur le dos avec redressement alternatif sur l’aile droite et sur l’aile gauche ; descente en tire-bouchon, appareil vertical, sur une aile, et pour terminer - hors de mon programme - j’ai bouclé la boucle ! ». L encore, porté en triomphe il déclare "mes expériences démontrent que la sécurité en aéroplane existe". Puis, s’adressant aux nombreux pilotes présents il ajoute : "Mes amis, vous m’avez vu voler la tête en bas, vous savez que c’est possible. Par conséquent, si un jour votre appareil se retourne, laissez le faire, posément, tranquillement, prenez votre temps et redressez-le en manoeuvrant les commandes comme pour un vol normal".

JPEG - 53.9 ko Pégoud  Buc décolle pour le looping

Pyotr Nesterov En réalité, le premier looping de l’histoire n’est pas français. Il a été réalisé par le Russe, Pyotr Nesterov le 9 septembre 1913  Kiev, soit une douzaine de jours avant Pégoud. En effet, ce jour l , ce jeune Lieutenant de l’armée du Tsar, jaloux des lauriers de Pégoud qui volait déj "La tête en bas" voulu faire mieux et exécuta devant ses camarades un looping complet sur monoplan Nieuport ordinaire. Cet exploit a été décrit le lendemain dans le journal de Saint-Petersbourg et procès-verbal de cette performance a été signé par tous les militaires présents. Sauf qu’au lieu de décrocher des lauriers de cet exploit… Nesterov qui avait mis en danger sa vie et le matériel de l’armée, écopa de 10 jours de prison !

On peut donc accorder  Pégoud d’être le premier  avoir préparé et maîtrisé le looping. D’ailleurs, sitôt après son exploit du 21 septembre, il fut invité par le Tsar de Russie afin d’effectuer  Moscou une série de démonstrations suivies de formations "d’élèves acrobates". Pourquoi aller chercher hors de ses frontières un spécialiste que l’on aurait  domicile ? Par ailleurs, quelques temps plus tard, il fut décoré par le roi de Roumanie Carol 1er en tant que "Premier pilote au monde capable de boucler la boucle !"

JPEG - 38.5 ko Pégoud en Roumanie en présence du Roi Carol 1er.

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